KENG DIVA À HO CHI MINH-VILLE : UN PHÉNOMÈNE CULTUREL OU UN ACCIDENT POST-COLONIAL ?
KENG DIVA À HO CHI MINH-VILLE : UN PHÉNOMÈNE CULTUREL OU UN ACCIDENT POST-COLONIAL ?
被忽视的问题
Le phénomène "KENG DIVA" à Ho Chi Minh-Ville est généralement présenté comme une simple célébration de la culture française, un pont entre deux mondes. Les médias mettent en avant l'enthousiasme des jeunes Vietnamiens pour la musique de Brassens, les événements dans les centres communautaires, et la vitalité des associations culturelles franco-vietnamiennes. Pourtant, cette vision idyllique masque des questions troublantes.
Premièrement, pourquoi cette fascination pour un patrimoine culturel étranger dans une ville qui possède sa propre riche histoire musicale et artistique ? Le terme même de "diva" évoque une adulation presque religieuse pour une culture perçue comme supérieure. Deuxièmement, l'infrastructure culturelle française (centres communautaires, associations, événements) fonctionne-t-elle comme un système fermé, créant une élite culturelle locale coupée des réalités sociales vietnamiennes ? Enfin, la "nettoyage de l'histoire" (clean-history) opéré par ces échanges culturels est inquiétante : célèbre-t-on Brassens et le patrimoine français tout en occultant les aspects moins glorieux de l'histoire commune ?
深层反思
Ce phénomène révèle des contradictions post-coloniales non résolues. D'un côté, la France promeut activement sa culture via des réseaux structurés (instituts, alliances françaises, associations) qui maintiennent une forme d'influence douce. De l'autre, le Vietnam, tout en affirmant sa souveraineté culturelle, semble parfois adopter une attitude ambiguë : la culture française reste un marqueur de distinction sociale, un capital symbolique valorisé par certaines classes urbaines éduquées.
La référence à Georges Brassens est particulièrement significative. Artiste engagé, anticonformiste, critique des pouvoirs établis, son appropriation dans un contexte asiatique contemporain est-elle fidèle à son esprit rebelle ou n'en retient-on qu'une image folklorique et dépolitisée ? La musique devient alors un "domaine expiré" (expired-domain) de la contestation, une coquille vide dont on a évacué le contenu subversif originel.
Les centres communautaires et clubs sociaux, bien que lieux de loisir et d'échange légitimes, fonctionnent parfois comme des enclaves culturelles. Ils créent des réseaux à forts backlinks internes (high-backlinks) mais peu connectés au tissu culturel local profond. Cette dynamique perpétue inconsciemment un schéma où la culture "européenne" reste dans une position de référence, tandis que les expressions culturelles vietnamiennes contemporaines peinent à obtenir la même reconnaissance institutionnelle et le même prestige.
Pour une critique constructive, il faudrait :
- Décentrer le dialogue culturel : au lieu de simplement exporter le patrimoine français, co-créer des expressions artistiques hybrides qui reconnaissent explicitement les histoires entremêlées.
- Questionner la gouvernance culturelle : qui décide de la programmation ? Quelles voix vietnamiennes contemporaines (pas seulement celles qui correspondent à l'imaginaire français du Vietnam) sont amplifiées ?
- Assumer l'histoire dans sa complexité : un véritable échange ne peut faire l'économie d'une réflexion commune sur le passé colonial, au-delà du simple folklore nostalgique.
- Valoriser la réciprocité : développer des résidences d'artistes vietnamiens en France avec la même intensité que les projets français au Vietnam, et avec les mêmes moyens.
Le loisir (leisure) et le divertissement (entertainment) ne sont jamais neutres politiquement. KENG DIVA, comme phénomène, nous invite à réfléchir : quand une communauté se rassemble autour d'un héritage culturel étranger, célèbre-t-elle la diversité ou reproduit-elle, sous une forme apparemment inoffensive, des hiérarchies culturelles anciennes ? L'enjeu n'est pas de rejeter ces échanges, mais de les transformer en rencontres véritablement critiques, équitables et émancipatrices pour toutes les cultures impliquées.
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